L'archéologie du Trou Al'Wesse
Ici on présente les occupations humaines, commençant avec la plus récente - le Néolithique - et terminant avec la plus ancienne - le Moustérien.
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Chronologie |
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Couche |
Groupe humaine |
Période |
Datations (BP non cal.) |
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4a |
Premiers agriculteurs en Belgique |
Néolithique ancien |
~5,900 BP |
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4b-alpha to delta |
Derniers chasseurs-cueilleurs en Belgique |
Mésolithique ancien au final |
9,000-~6,500 BP |
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15b |
Premiers hommes modernes |
Aurignacien |
32-36,000 BP |
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17a-c |
Néandertaliens |
Mousterien |
~ 60,000 BP |
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Les occupations néolithiques |
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La couche 4a contient des traces d'une occupation du Néolithique ancien, attestée par la présence des tessons de céramique rubané et des os d'animaux probablement domestiqués.
Parmi les découvertes intéressantes, il y a une série de retouchoirs sur galets allongés, ainsi qu'une pendeloque perforée sur os. L'os a été aménagé pour imiter la forme d'une canine de cerf, une pratique commune à traverse l'Europe, mais unique en Belgique. Des vraies croches de cerf et des imitations ont été découvertes en contextes funéraires dans le Bassin parisien.
Les premiers agriculteurs sont arrivés en Belgique avec une culture constituée. Par opposition aux derniers chasseurs, toujours nomades ou semi-nomades, les Néolithiques occupaient des villages et possédaient une économie agricole fondée sur les céréales. Ils élevaient des animaux domestiques (bœuf, mouton, chèvre, cochon), fabriquaient de la poterie et stockaient leurs denrées. Ce mode de vie s’opposait à celui des chasseurs, car lié à la terre, avec une notion de territoire plus fixe.
En Belgique, les premières occupations néolithiques sont concentrées sur les plateaux situés au nord de la Meuse, où la fertilité du lœss favorisait l’agriculture. Les groupes mésolithiques étaient toujours présents, et le processus de néolithisation suscita des recherches intenses à travers toute l’Europe.
Depuis la découverte du Trou Al’Wesse, la présence de tessons céramiques dans la couche 4 a engendré des hypothèses concernant les contacts entre les Mésolithiques et les Néolithiques, tels que les échanges ou la fabrication de poteries par les Mésolithiques en imitation des Néolithiques. Le manque de précision dans les fouilles menées au xixe siècle eut pour résultat le mélange de tessons néolithiques avec du matériel mésolithique.
L’analyse de la répartition spatiale des tessons provenant des fouilles récentes montre clairement qu’il existe deux niveaux d’occupation différents au sein du complexe stratigraphique 4. Celle-ci est désormais sub-divisée en couche 4a (Néolithique ancien) et couche 4b (Mésolithique). Tous les tessons proviennent de la couche 4a. Les tessons sont homogènes et peuvent être attribués au Rubané, c’est-à-dire à la phase ancienne du Néolithique en Belgique. À la base de la couche 4a, se trouvent des pièces lithiques issues de la couche mésolithique sous-jacente. Aucun élément néolithique n’est présent dans la couche 4b, où justement se trouve une concentration dense de silex mésolithiques, associés à des coquilles de noisettes et à d’autres restes organiques, dont ceux d’animaux sauvages.
Le Néolithique ancien est donc attesté au Trou Al’Wesse (au 6e millénaire), au sud de la Meuse et en dehors des villages du Plateau de Hesbaye. Trou Al'Wesse a peut-être servi comme halte de chasse ou abri de bergers.
Au fond de la grotte, dans la cheminée joignant le plateau, des anciens fouilleurs ont découvert une sépulture collective datant du Néolithique. Les ossements ont été récemment étudiés par Ph. Masy, et plus d'information peut être trouvée dans sa publication : MASY Ph., 1993, La sépulture collective néolithique du Trou Al'Wesse à Modave (province de Liège). Bulletin des Chercheurs de la Wallonie 33, p. 81-99.
D'autres restes humains isolés ont été retrouvés dans des sondages sur la plaine effectués par J. Destexhe à la fin des années 1960-début des années 1970. |
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Les occupations mésolithiques |
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Avec la fin du Pléistocène, le climat se réchauffe progressivement. La culture matérielle s’adapta par le développement des industries microlithiques.
En Belgique, le Mésolithique est représenté par des sites en grotte ou abri en Wallonie (par ex., Trou Al'Wesse, Abri du Pape, Station Leduc at Remouchamps, grotte Lechat at Hamoir), des sites de plain air en Flandres (notamment les sites de Melsele 'Hof ten Damme', Doel Deurganckdok, et Verrebroek Dok, parmi d'autres), deux sites de plein air en Wallonie (Place Saint Lambert à Liège et Grognon à Namur), une série de sépultures collectives ou simples en Wallonie (Grotte Margaux, Abri Autours, Claminforge, Petit-Ri, Faille du Burin, Lombeau, et le plus récemment, Bois Laiterie), et de nombreux découverts de surface dans la Bassin de l'Ourther à l'est et près de Mon et Ath dans la province de Hainaut à l'ouest.
Le Trou Al’Wesse est cependant un exemple unique en Belgique de séquence d’occupations stratifiées allant du Mésolithique ancien au Mésolithique récent.
Les fouilles récentes menées par F. Collin (1988-2001) et celles en cours actuellement sont consacrées aux modes de vie des derniers chasseurs-cueilleurs. Les ensembles lithiques contiennent des nucléus et des outils, surtout des microlithes géométriques, de nombreux déchets de taille, issus d’un débitage du silex au site, sur des matières premières locales ou non. La technologie et la typologie de l'ensemble du Mésolithique récent (fouille de la tranchée L-M aux années 90) furent étudiées par Charlotte Derclaye (1999). Le matériel archéologique éclaire aussi d’autres aspects du comportement humain, par exemple la présence de zones d’activités, l'évolution culturel durant le Mésolithique, la fonction du site et le rôle du Trou Al’Wesse dans le territoire mésolithique.
Les faciès des occupations mésolithiques dans la couche 4b sont extrêmement riches, tant en silex qu’en restes fauniques. Le matériel organique - des restes carbonisés, des mollusques, de la microfaune et de la faune plus grande - est en cour d'analyse pour une étude environnementale. Une colonne d’échantillonnage (J9) fut consacrée à la flottaison (tamisage fin à l’eau) pour récupérer des micro-restes végétaux.
Outillage de la couche 4b
Nucléus de la couche 4b
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La faune pléistocène de la couche 15a |
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La couche 15A, sus-jacente à l'occupation aurignacienne, est archéologiquement stérile, mais riche en faune : des carnivores, des herbivores, des rongeurs... Cette faune permet une étude environnementale et complète la séquence stratigraphique.
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L'occupation aurignacienne |
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Du matériel aurignacien a été découvert par les premiers fouilleurs. Lors de la phase 1 du projet, F. Collin a réalisé un sondage de 2 m² dans les carrés L-M 5 pour arriver à la roche mère. Dans ces carrés, dans la couche 15b, il a également découvert du matériel lithique et faunique attribué à l'Aurignacien.
L’Aurignacien est connu dans plusieurs grottes du Bassin mosan. Marcel Otte a étudié ces collections et les a classées en trois groupes successifs (Otte, 1979). Le premier regroupe Spy, Goyet, le Trou du Chêne et une partie du Trou Magrite. Le Trou Al’Wesse est attribué à cette phase ancienne, notamment par la présence d’une pointe de sagaie à base fendue. Le deuxième groupe comprend les gisements du Trou du Diable à Hastière, de la Princesse Pauline à Marche-les-Dames, la grotte de la Cave à Ben-Ahin, et les grottes des Fonds-de-Forêt. Le groupe récent est constitué du Trou du Renard et du Trou Reuviau à Furfooz, d’une partie du Trou Magrite et de la Princesse Pauline.
La plupart de ces collections proviennent de fouilles pour lesquelles nous manquons de données contextuelles. Le niveau aurignacien du Trou Al’Wesse, ainsi que la grotte Walou, est donc crucial pour les occupations en grotte des premiers Hommes modernes en Belgique.
Au début des années 2000, la même équipe fouilla un atelier de débitage aurignacien en plein air à Maisières-Canal (Miller, Haesaerts & Otte, 2004).
Outillage aurignacien des fouilles du xixe siècle
(d'après Otte 1979) |
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Les occupations moustériennes |
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Les Néandertaliens ont d’abord occupé le Trou Al’Wesse. Évolués à partir de l’Homo erectus en Europe il y a environ 250.000 ans, les Néandertaliens survécurent plus de 200.000 ans. Les plus récents restes, datés de 36.000 ans avant notre ère, furent découverts à Saint-Césaire en France, en 1979 par F. Lévêque et B. Vandermeersch.
En Belgique, des Néandertaliens furent découverts d’abord à Engis (la calotte d’un enfant) par Ph.-Ch. Schmerling vers 1830. En 1866, une mandibule fut trouvée à La Naulette, puis trois squelettes à Spy (1886), et un fémur aux Fonds-de-Forêt (1895). Une molaire fut découverte au Trou de l’Abîme à Couvin (1984), la mandibule d’un enfant à la grotte Scladina (1993) suivi par la découverte de plusieurs dents qui s'en remontent et une partie du maxillaire, et une molaire à la grotte Walou (1999).
Les Néandertaliens occupèrent l’Europe septentrionale pendant les périodes interglaciaires, quand le climat était tempéré et la faune abondante.
Les fonds océaniques, qui possèdent une sédimentation continue, et la glace polaire, enregistrent les variations climatiques terrestres, spécialement par le rapport entre deux isotopes de l’oxygène : 16O et 18O, dont la proportion reflète les conditions climatiques ; des stades « OIS » furent définis sur cette base.
Au Trou Al’Wesse, les fouilles de J. Fraipont, M. Lohest et I. Braconnier rencontrèrent un outillage moustérien. L’étude de Marguerite Ulrix-Closset (1975) attribue l’ensemble au Moustérien de type Quina (d’après le site de La Quina, en Charente). Ce faciès du Moustérien est caractérisé par des racloirs, surtout transversaux, portant la retouche dite « Quina », c’est-à-dire une forte retouche oblique et en écailles. La technique Levallois (préparation soignée de l’éclat) est rare.
Outillage mousterien des fouilles du xixe siècle
(d'après Ulrix Closset 1975) |
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Datations |
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Plusieurs datations ont été réalisées lors de la phase 1 du projet. Des nouvelles datations pour les occupations néolithique et mésolithique de lu complexe 4 sont en cours et la séquence entière sera datée au cours du projet.
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Mise à jour 14 mars 2006