La géologie du Trou Al'Wesse

 

 

Formation de la grotte du Trou Al'Wesse

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La grotte fut formée dans un système « karstique » par infiltration d’eau à travers la dolomie. Le calcaire et la dolomie sont des roches solubles par l’eau contenant de l’acide carbonique et des acides organiques. La pluie s’est enrichie en acide carbonique de l’atmosphère ; en passant à travers le sol, d’autres acides carboniques et des acides humiques provenant de restes organiques y sont ajoutés. Cette eau souterraine dissout ensuite le calcaire et la dolomie. Quand le rocher est assez dense, l’eau suit les « diaclases », les plans de stratification et les failles, formant donc de grandes fissures et des cavités, au lieu de se répartir régulièrement à travers le rocher. Au Trou Al’Wesse, ce processus a pu commencer par des ruisseaux souterrains créés à partir de fissures sur le Plateau du Condroz, dont les couloirs et la cheminée au fond de la grotte font partie. L’eau a trouvé une sortie en descendant vers le Hoyoux, formant la large cavité de la grotte.

 

Ensuite, l’apport de sédiments meubles par le vent ou par l’eau mit en place le remplissage actuel de la grotte. Les changements climatiques affectèrent des processus géologiques : des dépôts et l’érosion se succédèrent, avec de nouvelles phases d’activité karstique, ce qui rend la lecture de la stratigraphie d’une grotte assez complexe. La continuité de cette sédimentation a rendu possible la conservation, puis la fossilisation des traces archéologiques abandonnées par les groupes humains. Les variations climatiques enregistrées renseignent sur les environnements climatiques contemporains des sociétés humaines. Les grottes et abris rocheux de Wallonie constituent ainsi un lieu d’étude idéal, portant sur la longue durée de l’évolution culturelle de l’humanité. Au début de la recherche en Préhistoire, lorsque l’idée d’un homme « troglodytique » (habitant des grottes) subsistait encore, les abris naturels, facilement repérés, ont attiré l’attention des premiers chercheurs. La Préhistoire a donc d’abord été établie sur la base des dépôts géologiques contenus dans les grottes et les abris sous roches, particulièrement abondants en Wallonie.

 

 

La formation actuelle des stalactites par la dissolution de la dolomie.

 

Topographie et géographie

Le Hoyoux a creusé une vallée sinueuse à partir du Plateau du Condroz jusqu’à la Meuse (à Huy). La grotte du Trou Al’Wesse est située sur la rive droite du Hoyoux, à proximité de l’ancien hameau de Petit-Modave.

 

La cavité s’ouvre à la base d’un éperon rocheux, à une cinquantaine de mètres du Hoyoux, 8 m au-dessus de la rivière actuelle. Son altitude est d’environ 202 m au-dessus du niveau de la mer. L’entrée de la grotte, orientée vers le sud-ouest, se prolonge par une large galerie relativement horizontale d’environ 35 m de longueur. Au bout de cette galerie, le plafond est percé par une cheminée verticale rejoignant l’extérieur 9 m plus haut.

 

L’endroit attira l’homme préhistorique, car il offrait plusieurs ressources nécessaires à la survie : un abri, un accès à l’eau, une grande variété de faune et de flore dans la vallée et sur le plateau, et du silex disponible localement et sur le Plateau de Hesbaye.

 

Analyses géologiques

 

La compréhension de la dynamique sédimentaire d’un site demeure une démarche indispensable à l’étude du matériel archéologique lui-même. Ce type d’analyse est idéalement préalable à l’extension d’une zone fouillée, mais les conditions de travail varient d’un projet à l’autre. Il n’est pas toujours possible de se conformer à une méthodologie idéale vers laquelle tend la pratique. Dans ce contexte, l’apport principal de la géologie se situe dans l’étude de la succession des couches, de leurs modes de mise en place, ce que l’on appelle communément la stratigraphie. Diverses analyses spécifiques constituent autant d’outils au service de l’archéologue et du géologue, depuis l’observation directe sur le terrain jusqu’à l’étude des micro-grains de sédiments.

  • Les objectifs principaux de la sédimentologie sont de préciser la nature, l’origine et le mode de mise en place des dépôts.

  • La géomorphologie étudie les aspects externes de ces processus.

  • La micro-morphologie étudie, grâce au microscope, la constitution interne des sédiments et reconstitue la succession des évènements menant à leur formation.

  • La géochimie est consacrée à l’étude de la formation de la croûte terrestre et des changements physiques internes qui s’y opèrent continuellement.

Prélèvement des échantillons du sédiment pour analyse.

 

Stratigraphie du Trou Al'Wesse

Dans la coupe J/K 6-9, la succession des couches holocènes (brun) et pléistocènes (jaunâtre) est nette. Les couches holocènes contiennent des niveaux du Néolithique ancien et du Mésolithique récent. La mise en place des dépôts holocènes a érodé les couches pléistocènes, sub-horizontales. Les couches pléistocènes visibles dans la coupe sont archéologiquement stériles, mais contient d'abondante microfaune, ainsi que des restes des carnivores et herbivores, qui permettent une étude environnementale. Plus bas dans la séquence, il existe des niveaux aurignaciens et moustériens qui seront fouillés à partir de 2006.

 

couche 4a brun clair, limon sableux présence de tessons de céramique rubanés et des animaux probablement  domestiqués Néolithique ancien
couche 4b-faciès alpha-delta brun foncé, limon moins sableux concentration du matériel lithique, des fragments d'os et des restes carbonisés, surtout de coquilles de noisette. Mésolithique ancien au Mésolithique récent
couche 15B     Aurignacien
couche 17 A-C     Moustérien

Pour des informations plus détaillées sur l'analyse sédimentologique de la séquence stratigraphique, veuillez consulter :

PIRSON St., 1999, Étude sédimentologique préliminaire au Trou Al'Wesse (Modave, Belgique). Bulletin des Chercheurs de la Wallonie XXXIX, p. 115-177.

PIRSON St. & COLLIN F., 2005, Contribution à la stratigraphie du Trou Al'Wesse à Petit-Modave (comm. de Modave, prov. de Liege). Notae Praehistoricae 25:39-47.

 

Page mise à jour 16 mars 2006