Historique des fouilles

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Bien que déjà connu par les habitants aux alentours et visité en promenade par Philippe-Charles Schmerling, le site ne fut formellement reconnu par Édouard Dupont que vers 1860. À cette époque, la grotte était presque entièrement comblée à l’entrée ; seule une petite ouverture était visible au sommet. En 1864, dans le cadre de son programme systématique de fouilles des grottes mosanes, Dupont fouilla une tranchée devant l’entrée, découvrant une séquence de six « niveaux ossifères ».

 

De 1885 à 1887, une équipe de l’école liégeoise – Julien Fraipont et Max Lohest – réalisa avec Ivan Braconnier la plus importante fouille du Trou Al’Wesse du xixe siècle. Cette équipe avait découvert en 1886 les squelettes néandertaliens de la grotte de Spy. Une technique minière fut utilisée dans les deux sites. Ils y creusèrent une galerie à partir de la terrasse vers l’intérieur, en suivant l’axe de la grotte, découvrant ainsi la présence de plusieurs niveaux préhistoriques. Les fouilles actuelles de l’Université de Liège ont mis au jour le remplissage de cette galerie, montrant qu’elle avait été entamée à la base de la pente de la terrasse, montant régulièrement avant de replonger brusquement pour atteindre les niveaux archéologiques situés plus bas, donc plus anciens. Le plafond de la galerie était voûté et les parois verticales. La galerie fut remblayée sur la terrasse, mais un sondage réalisé par Fernand Collin en 1988, trois mètres à l’intérieur de la grotte, montra qu’elle restait creuse. L’étendue de la galerie permet de comprendre les limites des fouilles du xixe siècle, et donc la position des dépôts restés intacts.

 

Au fond de la grotte, une cheminée rejoint le plateau. La fouille de cette cheminée par J. Fraipont fut l’occasion de la mise au jour d’une sépulture collective néolithique. L’étude des ossements, conservé à l’Université de Liège, en fut réalisée par Philippe Masy en 1993.

 

Durant le xxe siècle, d’autres chercheurs effectuèrent des sondages ou des relevés, restés malheureusement inédits : A. de Loë en 1912 et J. Hamal-Nandrin au début des années 1920. Plus récemment, J. Destexhe-Jamotte effectua des sondages sur la plaine alluviale dans les années 1960-1970, mettant au jour des niveaux holocènes contenant des vestiges néolithiques, ainsi que des restes humains isolés.

 

À partir de 1988, l’Université de Liège et les « Chercheurs de la Wallonie » reprirent les fouilles dans le but de mieux comprendre les occupations humaines de la grotte. Sous la direction de Marcel Otte et de Fernand Collin, plusieurs sondages furent réalisés sur la terrasse, à l’intérieur de la grotte et à la jonction entre la plaine alluviale du Hoyoux et la terrasse. Une tranchée de 2 × 25 mètres fut creusée sur la terrasse, faisant un angle oblique avec les fouilles de J. Fraipont, M. Lohest et I. Braconnier. Fouillée pendant dix ans, la tranchée révéla une séquence stratigraphique comprenant des couches moustériennes (17a-c), aurignacienne (15), mésolithiques (7, 6a et 4b), et néolithique (5a et 4a), puis du matériel holocène et historique remanié (2). La première phase du projet permit une étude de la séquence géologique par Stéphane Pirson (1997, 1999, 2005), de l’occupation du Mésolithique récent de la couche 4 par Charlotte Derclaye (1999) et de la faune par Ignacio López Bayón (1999, 2000).

 

En 2003, la deuxième phase des fouilles fut lancée sous la direction de Rebecca Miller, dans le cadre d’une collaboration entre l’Université de Liège, la Région wallonne et les Chercheurs de la Wallonie. Comme projet à long terme, cette phase a pour but la compréhension du comportement humain, ainsi que l’étude pluridisciplinaire du contexte géologique et environnemental des occupations préhistoriques. Les découvertes de la première phase orientent la recherche vers de nouvelles questions à résoudre par des fouilles étendues sur la terrasse et dans la grotte. Le site du Trou Al’Wesse est l’un des rares en Belgique (comme la grotte Scladina et la grotte Walou) à contenir une longue séquence de dépôts intacts, permettant l’étude approfondie des questions diachroniques.

 


Charles Schmerling

Dès le début du xixe siècle, une importante école de paléontologie et de géologie se développa à Liège. Cette audace « pré-darwinienne » était due à un médecin néerlandais de l’Université de Liège, Philippe-Charles Schmerling (1791-1836), amené à soigner les ouvriers des carrières qui le rémunéraient par des dons d’ossements et d’outils préhistoriques. Menant des fouilles dès 1817, Ph.-Ch. Schmerling fut le premier à découvrir en 1830 des restes néandertaliens : le célèbre enfant d’Engis, 26 ans avant la découverte des restes « éponymes » dans la vallée de Neander de la Düssel près de Düsseldorf (« Neanderthal »). La Préhistoire naquit de l’association entre ossements d’animaux disparus très anciens (tigres, mammouths) et outils manifestement fabriqués par l’homme.

 


Edouard Dupont

La deuxième phase dans le développement de nos connaissances en Préhistoire de Wallonie émergea d’une commande ministérielle destinée à comprendre l’évolution des cultures et des hommes les plus anciens du Royaume de Belgique. Elle fut confiée à un géologue dinantais, Édouard Dupont (1841-1911), qui explora de manière systématique les grottes et les abris rocheux du Bassin mosan entre 1864 et 1874. À la suite de la théorie exprimée par Charles Darwin dès 1859, confortée – sembla-t-il – par la découverte de Neandertal (1856), il était devenu légitime pour notre jeune pays de définir son propre passé paléontologique. Édouard Dupont établit une longue chronologie qui traversait toute la séquence des sites belges. Parti d’un fondement paléontologique (l’évolution des faunes), il aboutit à une évolution des techniques et des formes, bien avant ses collègues français.

 


Julien Fraipont

Max Lohest

 Marcel De Puydt

Les trois fondateurs de l’école liégeoise en Préhistoire furent Marcel DePuydt (1855-1940), chef du contentieux de la Ville de Liège et archéologue amateur éclairé, Max Lohest (1857-1926), géologue, et Julien Fraipont (1857-1910), paléontologue. Entre 1850 et 1923, quatre-vingt sites furent fouillés sous les auspices de l’Institut Archéologique Liégeois, principalement sur les plateaux de la Hesbaye et du Condroz, y compris notamment les sites de Spy, de Trou Al’Wesse et les grottes de la Mehaigne.